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Pour les parents et amis qui veulent aider les parents de néonat : six choses à éviter

par Dr Annie Janvier
aider les parents

Après avoir mis en ligne mes « shorts » et vidéos/tiktok « commentaires toxiques » partie 1 et 2, j’ai eu de nombreux commentaires de parents avec plein d’exemples supplémentaires d’irritants, déclinés sur toutes les formes. Certains m’ont demandé de faire d’autres vidéos courts. J’ai décidé de ramasser tous les commentaires pour faire un vidéo plus long, et intégrer bien des exemples qui m’ont été communiqués ou que j’ai vécu. Cette vidéo en est une de ventilation, relativement thérapeutique aussi, on peut presque en rire un jour. SVP rajouter ceux que j’ai oublié dans les commentaires ou ceux que vous avez eu pour ventiler aussi 😉 Une version complète de toutes le inepties que l’on peut entendre se trouve dans mon livre « Respire, bébé, respire! » (Québec Amétique). La vidéo « soutenir les parents de néonat » est le vidéo constructif qui apporte des solutions et est une antidote à celui-ci.

Six CHOSES à éviter :

1. N’allez pas contre l’humeur des parents

Souvent, les Autres ne peuvent pas s’empêcher de dire que « tout ira bien », quand on dit que ça va mal, même dans les pires moments. Pis le contraire quand ça va bien. Quand on trouve que tout va bien, évitez de nous rabaisser en nous disant que notre bébé est quand même à risque, laissez-nous notre jour de bonheur.

Quoi dire alors? C’est simple. Demandez aux parents comment ça va. Écoutez-les. Si c’est une bonne journée, dites-leur tout simplement « J’espère que les bonnes journées vont continuer ». Si c’est une mauvaise journée, que la prochaine sera meilleure.  Écoutez les et validez leur sentiments.

Oui, parfois, il faut « brasser la cage » à papa ou maman qui semble coincés dans leur pessimisme, mais parfois seulement.

2. Arrêtez d’évoquer toutes les personnalités célèbres nées prématurément

C’est une vraie manie chez les Autres de toujours parler des célébrités qui sont nées prématurément. Ça me tape tellement sur les nerfs que j’ai fini par aller voir sur Internet qui sont les vedettes nées prématurément, et j’ai fait une liste.

Dans ma carrière, j’ai vu mourir pas mal de bébés. Ils ne sont pas devenus célèbres. Et j’en ai vu plein survire et qui vont bien, sans devenir célèbres non plus. Je m’en foutais, que Violette devienne célèbre ou non. Je voulais juste qu’elle rentre à la maison.

3. Toujours nommer quiconque né prématurément qui va « bien »

Il y a toujours un Autre qui connaît un bébé né très prématurément, qui a passé des mois à l’hôpital et qui aujourd’hui va bien : son voisin, le fils d’un cousin, le petit livreur de journaux. Merveilleux ! Tant mieux pour l’enfant, tant mieux pour les parents. Mais on n’est pas en train de faire un concours pour savoir qui peut nommer le plus de prématurés, ni de jouer à « Trouver Charlie, l’ex-prématuré à lunettes de 26 semaines »! Quand on est parent, devant notre bébé, cela n’aide pas toujours.

4. Raconter ses histoires de grossesses et d’enfants

Les Autres se plaignent souvent des « problèmes » qu’elles ont eus pendant leur grossesse ou avec leur enfant. « Moi aussi je suis fatiguée, Billy se réveille constamment la nuit. » « J’en peux plus, j’arrive pas à dormir, je suis trop grosse ! Il me reste encore deux semaines à endurer, il ne pourrait pas sortir maintenant ? Violette devrait lui apprendre à sortir plus vite ! »

J’haïssais les mères avec leur grosse bedaine flasque qui venaient de mettre au monde un monstre énorme et qui se plaignaient de manquer de sommeil ou de ce que leur petit avait la morve au nez. Pendant ce temps-là, il fallait réveiller ma Violette pour aspirer ses sécrétions ou pour lui faire une prise de sang. J’haïssais les mères qui se plaignaient de leurs seins engorgés. Moi, j’avais deux bébés : ma Violette et une pompe en plastique. Il fallait les brancher toutes les deux pour qu’elles fonctionnent. Je n’avais aucune patience pour les petits problèmes des mères en dehors de la néonat. Non, ça ne me divertissait pas.

Les mères en néonat ont leur histoire et n’ont pas envie d’entendre celles des autres. C’est pas cool, mais c’est comme ça.

5. Prodiguer des conseils non sollicités

Les Autres ont toujours des conseils à donner : quoi faire pour me relaxer, quoi manger pour être en bonne santé, comment produire plus de lait… Il faudrait dire aux mères qui sont en néonat avec leurs bébés malades qu’elles en savent bien plus que les Autres en ce qui concerne leur lait, l’entretien de leurs pompes et les intestins de leur petit bébé.

C’est vraiment bien d’essayer d’aider les parents, mais il ne faut pas insister. La méditation est toujours dans le top 3 des affaires qu’on recommande aux gens fragilisés. Suggérer, c’est gentil. Insister, ça devient lourd, à la fin.

Les parents sont tous différents. Il est important de décrocher, ou de « faire sortir le méchant ». Plein d’activités mènent au « décrochage », et c’est bien d’en suggérer. Ce qui est difficile, c’est de supporter ceux qui insistent.

6. Jouer les pseudo épidémiologistes

Autour de moi, il y avait beaucoup de Jos Connaissant, des soi-disant experts en prématurité, en soins intensifs et en maladies infantiles. Ils analysaient mon cas et émettaient toutes sortes d’hypothèses pour expliquer mon accouchement prématuré et de raisons pour lesquelles Violette se retrouvait dans un tel bourbier. J’avais bien assez de problèmes à régler avec moi-même ! Foutez-moi la paix!

Les parents passent bien assez de temps à essayer de comprendre ce qui leur arrive, ils n’ont pas besoin des autres pour ça. Je savais rationnellement qu’il n’y avait rien à faire pour empêcher tout ça, mais je cherchais malgré moi la cause. Un col incompétent, c’en est une, mais pourquoi fallait-il que j’aie un col incompétent ? Qu’est-ce que j’aurais pu faire pour retarder l’accouchement ? Je devais me répéter encore et encore : TU NE POUVAIS RIEN FAIRE. Je devais m’en convaincre pour ne pas virer folle. Mais parfois, il en faut plus pour les Autres. Eux aussi doivent trouver la raison de tout ça.

Ces conversations étaient généralement suivies par des crises de larmes, et par une résurgence du sentiment que j’aurais pu faire mieux comme maman. Les pseudo experts en épidémiologie dénichent bien des explications à la prématurité. En tant que néonatologiste, je les ai entendues, ces explications, qui viennent des parents, des conjoints ou des amis. Il ne faut pas perdre son temps avec ces questions stupides. On doit rester concentré sur ce qu’il faut faire, dans l’instant. Et, surtout, soutenir les parents.

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