Que deviennent les extrêmes prématurés à l’âge adulte ?
Ce que nous apprend l’étude HAPI
Que devient la santé des adultes nés avant 29 semaines ? L’étude HAPI analyse la santé cardiovasculaire et rénale des anciens prématurés.
On se pose souvent la question…
En néonatologie, nous accompagnons des bébés nés à 24, 25 ou 26 semaines et plus.
Mais que deviennent-ils 20 ans plus tard ?
C’est précisément ce que l’étude HAPI (Health of Adults born Preterm Investigation) a cherché à comprendre.
L’étude HAPI : suivre les anciens prématurés à l’âge adulte
Dirigée par la Dre Anne-Monique Nuyt et la Dre Thuy Mai Luu au CHU Sainte-Justine, et financée par les IRSC, l’étude HAPI s’intéresse à la santé globale de jeunes adultes nés avant 29 semaines de gestation.
Qui sont les participants ?
- Environ 100 jeunes adultes nés très prématurément
- Âge moyen : 23 ans
- Nés entre 1987 et 1994
- Comparés à un groupe témoin du même âge né à terme
Il s’agit d’une étude observationnelle complète évaluant :
Les reins : plus petits, mais fonctionnels
Un des volets, mené par la Dre Kathryn Paquette et publié dans la revue Hypertension, s’est penché sur la santé rénale.
Résultat principal :
Les jeunes adultes nés prématurément avaient des reins plus petits à l’échographie comparativement aux adultes nés à terme.
Cela s’explique biologiquement :
le développement des néphrons (unités fonctionnelles du rein) se poursuit normalement jusqu’à environ 34-36 semaines de gestation.
Une naissance avant 29 semaines interrompt ce processus.
La bonne nouvelle :
La fonction rénale mesurée était dans les normes.
Il ne s’agit donc pas d’insuffisance rénale, mais d’une différence anatomique associée à la prématurité.
Une pression artérielle légèrement plus élevée
Les chercheurs ont observé que :
- La pression artérielle moyenne était légèrement plus élevée chez les jeunes adultes nés prématurément.
- Plus la taille des reins était petite, plus la pression artérielle tendait à être élevée.
Il ne s’agit pas d’hypertension sévère, mais d’un profil cardiovasculaire qui pourrait, à long terme, justifier une surveillance.
Que signifient ces résultats ?
L’étude HAPI montre une réalité nuancée :
La prématurité ne détermine pas une mauvaise santé à l’âge adulte.
Elle peut cependant laisser une empreinte biologique subtile.
HAPI Fit : peut-on améliorer ces paramètres ?
Le projet HAPI Fit va plus loin.
Il s’agit d’un programme supervisé d’entraînement physique de 14 semaines visant à déterminer si l’exercice peut améliorer :
- la santé cardiaque
- la fonction vasculaire
- la capacité pulmonaire
- la force musculaire
chez les jeunes adultes nés très prématurément.
Ce projet marque une transition importante :
Un message d’espoir et de responsabilité
Les bébés que nous soignons deviennent des adultes.
L’étude HAPI nous rappelle que :
- La majorité évoluent bien.
- Certains paramètres méritent une attention préventive.
- L’activité physique et un mode de vie sain sont essentiels.
Ces résultats ne doivent pas inquiéter, mais encourager un suivi réfléchi et individualisé.
Conclusion
Les jeunes adultes nés prématurément présentent globalement une bonne santé.
Cependant, certaines particularités cardiovasculaires et rénales suggèrent qu’un suivi à long terme peut être bénéfique.
La prématurité n’est pas une condamnation.
C’est un point de départ biologique qui mérite compréhension et prévention.
Et surtout, c’est la preuve que les soins néonataux ont permis à ces enfants de devenir des adultes actifs, engagés et en grande majorité en santé.
Pour en savoir plus : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30103050/